Le casque que je garde encore
Ma première moto m’avait appris une chose.
Rouler.
Mais ce n’est qu’en 2020 que j’ai réellement eu le sentiment d’entrer dans un autre univers.
Cette année-là, j’ai acheté ma Harley-Davidson Sport Glide.
Et avec elle, mon premier véritable casque.
Pour beaucoup, ce n’était qu’un équipement de plus.
Pour moi, il est rapidement devenu bien davantage.
Au début, je faisais comme tout le monde.
Je le posais n’importe où.
Sur une chaise.
Par terre.
Sur une table.
Je pensais simplement à repartir le lendemain.
Puis, au fil des kilomètres, quelque chose a changé.
J’ai commencé à le déposer avec plus d’attention.
À vérifier qu’il ne tombe pas.
À le ranger soigneusement après chaque sortie.
Sans vraiment m’en rendre compte, je ne prenais plus soin d’un objet.
Je prenais soin de ce qu’il représentait.
Ce casque avait vu mes premières vraies balades en Harley.
Les premières sorties avec le club.
Les premiers kilomètres parcourus avec des frères de route.
Les cafés partagés au petit matin.
Les silences qui valent parfois plus qu’une longue conversation.
Il était devenu le témoin discret d’une nouvelle étape de ma vie.
Avec le temps, j’ai compris que certains objets finissent par raconter notre histoire à notre place.
Il suffit de les regarder.
Une petite rayure.
Une vis remplacée.
Un autocollant posé un jour sans savoir qu’il resterait des années.
Tout cela ne parle pas du casque.
Cela parle de nous.
Aujourd’hui encore, c’est celui que je porte lors des sorties du club.
Il pourrait être remplacé.
Il existe des modèles plus modernes.
Plus silencieux.
Plus confortables.
Mais aucun ne porterait les mêmes souvenirs.
Un jour, il sera peut-être trop ancien pour reprendre la route.
Le temps fera son travail.
Les matériaux finiront par vieillir.
Mais lui ne quittera jamais ma maison.
Parce qu’il ne représente pas seulement le début de ma vie en Harley-Davidson.
Il représente le moment où je me suis senti devenir un véritable biker.
Pas à cause de la moto.
Pas à cause de la marque.
Mais parce que j’avais enfin compris que l’esprit biker ne se mesure ni en chevaux, ni en kilomètres.
Il se construit avec le temps.
Avec les rencontres.
Avec les valeurs que l’on choisit de porter.
Comme ce casque.
Aujourd’hui encore, quand je l’enfile avant une balade, je ressens toujours la même chose.
Je ne mets pas simplement un casque.
Je retrouve une partie de celui que j’étais en 2020.
Et je souris en pensant qu’il m’accompagne encore.
Un jour, ce casque cessera peut-être de rouler. Mais il ne cessera jamais de raconter qui je suis devenu.

