Je me souviens encore de ce jour.
Pas parce que c’était une grosse cylindrée.
Pas parce qu’elle était neuve.
Et encore moins parce qu’elle faisait tourner les regards.
Je m’en souviens parce qu’elle était la première.
Une Kawasaki EN500.
Aujourd’hui encore, elle est là.
Les années ont passé.
Les routes se sont multipliées.
Les motos aussi.
Mais elle n’a jamais quitté ma vie.
Quand je la regarde, je ne vois pas une vieille machine.
Je revois celui que j’étais.
À cette époque, je ne cherchais pas à aller vite.
Je voulais simplement partir.
Découvrir ce qu’il y avait derrière le prochain virage.
Puis derrière celui d’après.
Sans vraiment savoir où la route allait me conduire.
Je pensais acheter une moto.
En réalité, j’étais en train d’acheter du temps.
Du temps passé dehors.
Du temps partagé avec d’autres.
Du temps pour réfléchir.
Du temps pour respirer.
Sans le savoir, cette moto allait devenir le témoin silencieux d’une grande partie de ma vie.
Elle a vu mes premiers longs trajets.
Mes premiers doutes.
Mes premières vraies rencontres.
Les premiers kilomètres sous la pluie.
Les premiers couchers de soleil que l’on décide de regarder quelques minutes de plus avant de repartir.
Elle était là quand je ne savais pas encore que la famille pouvait aussi se construire autrement.
Qu’elle pouvait naître autour d’une table.
D’un café.
D’un simple signe de la main entre deux motards qui ne se reverront peut-être jamais.
Avec les années, j’ai compris quelque chose.
Nous parlons souvent de nos motos.
De leur moteur.
De leur puissance.
De leur caractère.
Mais très rarement de ce qu’elles transportent réellement.
Elles transportent des souvenirs.
Chaque rayure raconte un moment.
Chaque kilomètre cache un visage.
Chaque départ devient un morceau de notre histoire.
La Kawasaki EN500 ne représente pas seulement ma première moto.
Elle représente le moment où j’ai commencé à écrire une vie différente.
Une vie où l’on apprend qu’il est parfois plus important de savoir avec qui l’on roule que de savoir où l’on va.
Aujourd’hui, beaucoup me demandent pourquoi je l’ai gardée.
La réponse est simple.
On ne vend pas un souvenir.
On ne remplace pas le début d’une histoire.
Cette moto me rappelle d’où je viens.
Elle me rappelle que tout ce que BROKEN ARMS Lifestyle représente aujourd’hui est né d’une décision qui semblait presque ordinaire.
Acheter une première moto.
Avec le recul, je comprends que ce n’était pas une fin.
C’était simplement la première page.
Certaines motos prennent de la valeur avec le temps. D’autres donnent une valeur au temps que l’on a vécu avec elles.

